
Températures élevées, risques pour la santé, sécurité alimentaire… La CFDT Brioche Dorée interpelle face à la chaleur dans les restaurants.
Chaque été semble plus chaud que le précédent. Et dans les restaurants Brioche Dorée comme ailleurs, les équipes doivent continuer à travailler malgré la chaleur, souvent dans des espaces confinés, sans climatisation, au contact de fours, de vitrines réfrigérées ou de machines générant elles-mêmes de la chaleur.
Ce n’est pas une surprise : les vagues de chaleur sont appelées à se multiplier. Le changement climatique n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité qui impacte déjà concrètement les conditions de travail. Pour les salariés de la restauration rapide, ces périodes ne sont jamais anodines : elles riment avec fatigue, stress thermique, et parfois risques pour la santé ou pour la sécurité alimentaire.
Face à cette situation, les obligations des employeurs ont évolué. Depuis le décret du 27 mai 2025, des mesures plus strictes sont désormais attendues dès les premiers niveaux d’alerte météo.
Pour la CFDT Brioche Dorée, c’est un point d’appui concret : le droit du travail s’adapte, et il devient possible d’exiger des actes, pas seulement des intentions.
1- Ce que change le décret du 27 mai 2025
Depuis juin 2025, un nouveau texte réglementaire est venu renforcer la prévention des risques liés à la chaleur sur les lieux de travail. Le décret n°2025‑482 du 27 mai 2025, peu médiatisé mais fondamental, introduit un changement majeur : les employeurs doivent désormais prendre des mesures spécifiques dès le niveau de vigilance jaune émis par Météo‑France.
Autrement dit, il n’est plus question d’attendre la canicule rouge ou l’urgence sanitaire pour agir. Dès les premiers signes d’un épisode chaud prolongé, des obligations s’imposent. Pour Brioche Dorée comme pour toute entreprise, cela signifie concrètement :
- Actualiser le DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels) en y intégrant le risque chaleur comme facteur aggravant, y compris pour les métiers de la restauration rapide.
- Déclencher un plan de prévention interne : mise à disposition d’eau fraîche, amélioration de la ventilation, adaptation des tâches et des horaires, communication d’alertes, consignes renforcées.
- Informer et former les salariés : sur les signaux d’alerte du coup de chaleur, les comportements à adopter, et les conduites à tenir en cas de malaise ou de difficulté.
Ce décret fait entrer officiellement la chaleur dans la liste des risques professionnels à anticiper et à gérer. Il oblige les entreprises à ne plus banaliser les épisodes de forte chaleur, mais à s’organiser en amont.
Pour les élus du CSE et de la CSSCT, ce décret est un point d’appui solide :
- Il permet d’exiger des mises à jour concrètes du DUERP ;
- Il renforce la légitimité des alertes en période estivale ;
- Il autorise des demandes structurées : plans d’action, évaluations, audits, consignes écrites…
La CFDT Brioche Dorée considère que ce cadre renforcé offre une vraie opportunité pour faire progresser la prévention. À condition bien sûr qu’il soit effectivement appliqué.
2- Chaleur au travail : des risques bien réels pour les salariés… et pour l’hygiène
Quand la température grimpe, les effets sur le corps et sur l’organisation du travail sont immédiats. Une chaleur excessive n’est pas un simple inconfort : c’est un risque professionnel à part entière, reconnu par les autorités de santé, notamment l’INRS.
Des conséquences physiques non négligeables
Dans un restaurant Brioche Dorée, les sources de chaleur sont multiples : fours, plaques, vitrines chauffantes, éclairage, espaces exigus sans ventilation. Lorsque la température extérieure s’ajoute à ces contraintes, le ressenti thermique peut devenir insupportable.
Les symptômes les plus fréquents du stress thermique sont bien connus :
- fatigue intense,
- maux de tête ou vertiges,
- difficultés de concentration,
- nausées ou sensation de malaise,
- parfois perte de connaissance.
Ces situations peuvent engendrer des accidents de travail, ou créer des tensions entre collègues lorsque la fatigue physique s’accumule sans relâche.
Une désorganisation du travail et un climat social tendu
La chaleur impacte aussi l’organisation :
- les pauses deviennent plus fréquentes,
- certaines tâches doivent être reprogrammées,
- les plannings deviennent instables,
- les communications sont plus tendues,
- la productivité chute.
Quand aucun dispositif spécifique n’est mis en place, les salariés se débrouillent seuls : ils adaptent leurs postures, ajustent leurs horaires, s’hydratent entre collègues… mais cela ne peut pas tenir lieu de politique de prévention.
Dans certains restaurants pourtant signalés comme problématiques depuis plusieurs années, les mêmes constats reviennent été après été : climatisation hors service, ventilation inefficace, équipements vétustes. Et surtout, aucune solution durable engagée. Quand un problème récurrent est toujours traité de manière temporaire — ou pas du tout —, cela nourrit un sentiment d’abandon, affaiblit la crédibilité des alertes et désengage progressivement les équipes.
Un exemple vécu dans un site très exposé à Paris a récemment rappelé l’ampleur du problème : température relevée à 40 °C dans le laboratoire, recours à des solutions de fortune, équipe exténuée. Ce type de situation ne peut pas devenir une norme tolérée.
Un enjeu de sécurité alimentaire trop souvent sous-estimé
La chaleur excessive affecte aussi la sécurité des aliments. Lorsque la température ambiante dépasse certains seuils, le risque de contamination augmente, surtout si les groupes froids sont en surcharge ou en panne.
Cela peut entraîner :
- altération de produits sensibles,
- ruptures dans la chaîne du froid,
- réorganisation précipitée du travail en cuisine,
- stress accru pour le personnel manipulant des produits sensibles.
Or, la sécurité des clients dépend aussi des conditions de travail des équipes. Protéger la santé des salariés, c’est aussi garantir la qualité des produits servis.
3- Informer et prévenir : l’infographie INRS à afficher
Quand la chaleur s’installe, la rapidité de réaction peut faire toute la différence. Encore faut-il que chaque membre de l’équipe sache reconnaître les signes d’un coup de chaleur… et sache quoi faire. C’est dans cette logique que l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) a mis à jour à l’été 2025 une infographie simple, claire et actionnable, conçue pour le terrain.
Une affiche à connaître (et à faire connaître)
Cette affiche, téléchargeable gratuitement depuis le site de l’INRS, présente :
- les signaux d’alerte : peau chaude et sèche, maux de tête, nausées, troubles de la vigilance, vertiges, voire perte de connaissance ;
- les gestes à adopter immédiatement : allonger la personne, alerter un responsable, l’aider à se rafraîchir avec de l’eau ou un ventilateur, et rester à ses côtés ;
- les comportements préventifs recommandés : s’hydrater régulièrement, alléger les efforts physiques, multiplier les pauses à l’ombre ou en zone fraîche, porter une tenue adaptée.
Le tout dans un format visuel, lisible, et facilement compréhensible même dans un contexte de travail rapide.
Pourquoi cet affichage est indispensable
Dans les cuisines ou même à l’accueil, les équipes travaillent souvent à flux tendu. On minimise ses douleurs, on n’ose pas toujours parler d’un mal-être, ou l’on attribue les signes à de la fatigue classique. L’affiche agit comme un rappel visuel permanent, un outil de vigilance partagée.
Elle permet aussi de normaliser certains comportements : demander une pause, signaler un malaise, ou faire circuler une bouteille d’eau fraîche ne doit jamais être vu comme une faiblesse.
La recommandation de la CFDT Brioche Dorée
Nous encourageons chaque site à afficher l’infographie INRS dans au moins trois endroits clés :
- les vestiaires (espace de transition et de discussion),
- la salle de pause (lieu de repos et d’attention aux collègues),
- le bureau du responsable (rappel de la responsabilité d’encadrement).
Elle peut également être commentée lors des briefs d’équipe en période de vigilance météo.
C’est un outil simple, mais précieux, qui contribue à installer une culture de la prévention et de la réactivité face à la chaleur.
4- Ce que la CFDT Brioche Dorée demande concrètement
Les vagues de chaleur ne sont plus des imprévus. Elles sont régulières, parfois précoces, souvent longues, et toujours épuisantes pour les équipes de terrain. Dans les restaurants Brioche Dorée, les salariés s’adaptent, improvisent, ou subissent – selon les moyens disponibles sur place. Mais face à une obligation désormais encadrée par la loi, l’anticipation ne doit plus être une option.
La CFDT Brioche Dorée porte plusieurs demandes précises, concrètes, et applicables, dans un objectif de prévention et de justice sociale entre les différents sites.
Une cartographie des sites les plus exposés
Tous les restaurants ne sont pas égaux face à la chaleur. Certains sont climatisés, d’autres ventilés naturellement, mais beaucoup restent mal équipés ou difficilement adaptables (laboratoire en sous-sol, vitrine mal isolée, absence d’aération…).
Nous demandons une cartographie interne des sites vulnérables, pour permettre un suivi priorisé, une allocation ciblée des moyens (ventilateurs, brumisateurs…) et une intervention précoce en cas d’alerte.
Un plan de prévention chaleur activé dès la vigilance jaune
Le décret du 27 mai 2025 impose des actions dès le niveau jaune de Météo-France. Ce palier ne doit pas être pris à la légère.
Nous recommandons la mise en place d’un plan chaleur réactif, avec :
- un briefing quotidien dès la vigilance jaune,
- des pauses plus fréquentes et protégées,
- un aménagement des horaires lorsque possible,
- la distribution active d’eau fraîche,
- un ajustement temporaire des objectifs de productivité.
Un suivi systématique par les CSSCT
La chaleur au travail est un risque professionnel. À ce titre, il doit faire l’objet d’un suivi spécifique dans chaque commission CSSCT.
Nous demandons :
- un point systématique en réunion CSSCT pendant l’été,
- un recueil des alertes ou incidents liés à la chaleur,
- un bilan post-été pour améliorer la prévention l’année suivante.
Une communication claire à destination des équipes
Trop souvent, les consignes sont floues, orales, ou transmises au dernier moment. Or, dans ce contexte, l’information est une mesure de protection.
Nous demandons un kit “canicule” pour chaque manager de site :
- l’affiche INRS à imprimer et afficher,
- un message-type à diffuser à l’équipe en cas de pic de chaleur,
- une checklist des actions à suivre (eau, pauses, ventilations…).
Un investissement pérenne dans les équipements
Certains restaurants connaissent les mêmes pannes chaque été : climatisation non réparée, groupe froid saturé, rideaux thermiques absents… Le court terme ne suffit plus.
Nous demandons une programmation pluriannuelle :
- remplacement des équipements défaillants,
- budget dédié à l’amélioration thermique des sites exposés,
- suivi technique renforcé pendant les mois de juin à septembre.
Ces demandes sont réalistes. Elles ne visent pas à ralentir l’activité, mais à préserver la santé des salariés, garantir la qualité du service, et éviter des ruptures humaines ou organisationnelles.
La chaleur au travail ne doit plus être une surprise. Avec un minimum d’anticipation, de coordination et d’écoute, il est possible d’agir à temps.
Les épisodes de forte chaleur ne sont ni des surprises, ni des exceptions. Ils sont devenus une réalité annuelle, parfois précoce, souvent prolongée, et toujours éprouvante pour les équipes de terrain. Dans les restaurants Brioche Dorée, les salariés assurent la continuité du service, parfois dans des conditions extrêmes. Ils méritent autre chose que des réponses improvisées ou des solutions temporaires.
Le décret du 27 mai 2025 apporte un cadre nouveau. Il ne règle pas tout, mais il change la donne : il impose une obligation d’anticipation, d’adaptation et d’action. Ce cadre juridique doit devenir un levier d’organisation, de dialogue social, et de progrès concret.
La CFDT Brioche Dorée continuera à s’en saisir, dans chaque site, à chaque alerte, pour transformer ce texte réglementaire en véritables avancées pour les salariés.
Nous appelons :
- la direction Brioche Dorée à intégrer durablement le risque chaleur dans leur gestion opérationnelle,
- les membres d’encadrement à relayer activement les outils et consignes de prévention,
- les élus à faire vivre leur rôle de vigie, d’écoute et d’alerte,
- et chaque salarié à ne pas rester seul face à la chaleur : un inconfort partagé est un signal légitime.
Ensemble, rendons visibles ces difficultés. Ensemble, faisons de la chaleur au travail un enjeu reconnu, traité et anticipé.
CFDT UES Brioche Dorée